Remède au confinement : Jane Eyre

Confinés dans nos demeures, nous ne cherchons plus qu’évasion et occupations. La mythographe est aussi cloitrée dans son temple sans possibilité d’aller partager la culture. Mais rien n’est perdu quand on a une bibliothèque bien fournie et un accès à la plus grande bibliothèque du monde : Internet. Voici donc une suggestion de programme culturel à regarder sans modération.

Pour ce premier conseil, je vais faire un coup de projecteur sur Jane Eyre. C’est un de mes classiques favoris, peut être même qu’il se trouve sur la première marche du podium de mon cœur. Lorsque je suis tombée sur cette histoire, j’ai dévoré tout ce qui a pu me tomber entre les mains: films, séries, et bien sur le matériau originel.

Jane Eyre est tout d’abord un roman de Charlotte Brönte publié en 1847. C’est l’histoire d’une jeune femme orpheline dont l’enfance est marqueé par les mauvais traitements infligés par sa famille maternelle. Vers ses 10ans, la jeune fille est envoyée dans un lugubre pensionnat. A l’âge adulte, elle se mue d’une volonté de sortir de cette cage et trouve une place de gouvernante pour s’occuper de la jeune protégée d’un homme énigmatique, Mr.Rochester. Entre Jane Eyre et le séducteur aux multiples facettes, une passion s’installe peu à peu. Mais les épreuves ne sont pas terminées pour une jeune femme emprunte de modernité et de féminisme.

Ce roman a été adapté de nombreuses fois, notamment sur nos (petits et grands) écrans. Sur la postface de mon édition française du livre, on nous certifie que la meilleure adaptation est celle avec Orson Wells de 1944 (réalisé par Robert Stevenson). Après avoir visionné une grande partie des adaptations disponibles (plus ou moins légalement), je pense avoir matière à forger mon avis sur le sujet. Je n’ai pu me résoudre à choisir entre deux adaptations de la BBC, que je vais vous présenter.

Jane Eyre, réalisée par Julian Amyes en 1983

J’ai une affection particulière pour cette adaptation car si elle fait un peu vieillotte, elle me charme par bien d’autres aspects. Tout d’abord c’est une des plus fidèles que j’ai pu voir. On retrouve les mêmes répliques que dans le livre. De même, l’arc narratif de Mr Rochester est celui qui se rapproche le plus en détail de celui développé par l’auteur (*précision pouvant être considéré comme un spoiler en fin d’article). Quand on a lu un roman, on a toujours tendance à trouver l’adaptation moins bonne car certains éléments ne sont pas évoqué. Dans le cas présent tout y est. Ce qui pour ma part, me combla de bonheur. Car contrairement aux films, la série prend le temps de couvrir les derniers chapitres du roman.

Enfin, mon coup de cœur dans cette série c’est Mr Rochester interprété par Timothy Dalton. Il en fait presque trop, mais je l’adore. Il est charmeur, humain, ténébreux, son accent me fait fondre. L’actrice qui l’accompagne, Zelah Clarke, me semble une peu « vieille » pour le rôle (33ans, contre les 18ans de l’héroïne). On a pas essayé de la rendre plus jolie/sexy mais on a gardé un costume et une coiffure digne du roman et d’une héroïne ni belle ni laide. Mais elle a quand même sa langue bien pendue. Cependant, je dois reconnaitre que la série a mal vieillie. Elle a un côté un peu théâtral dans la réalisation et dans le jeu, un grain dans l’image et le son. Je trouve que c’est aussi ce qui fait le charme de cette version, très british. Cette adaptation est celle qui convient le plus à la lectrice puriste que je suis, ainsi qu’à la midinette en moi. Et puis Timothy Dalton et son accent… A vrai dire, je crois que toute mon affection pour cette adaptation repose sur les scènes entre Timothy Dalton et Zelah Clarke. Alors, si vous aimez l’histoire vous pouvez aussi aller seulement regarder les scènes mythiques.

Jane Eyre, réalisé par Susanna White en 2006

Je crois que c’est la première adaptation du roman que j’ai vu. Elle m’est d’autant plus chère que j’ai pu rencontrer par le plus grand des hasards, l’actrice principale, Ruth Wilson, et lui bafouiller mon amour pour cette série. Comme pour la version de 1986, le format série (ici de 4 épisodes) permet de traiter d’une large partie du roman. On a ici encore la chance d’avoir les derniers chapitres mis en scène et non pas passé sous silence comme dans les films. Ai-je mentionné que je trouvais que ce qui faisait la force de cette fin c’était justement les derniers chapitres? Le point important ici dans cette adaptation et ce qui fait sa force par rapport à celle de 1983, c’est sa réalisation. On perd le côté un peu fixe, limite théâtral pour une mise en scène plus fluide, plus esthétique, plus moderne avec un aspect plus en harmonie avec que ce l’on peu voir ailleurs. Les acteurs sont très bons. Ruth Wilson est plus crédible physiquement avec l’âge de Jane. Et Toby Stephen est pas mal en Mr Rochester, plus à fleur de peau, avec un jeu plus nuancé que Timothy Dalton. En fait, ce que j’aime dans cette adaptation, c’est qu’on a quelques changements par rapport à l’histoire de base mais ils restent au service de l’histoire. Et je trouve dans celle-ci que les personnages sont plus humains, avec plus de nuances dans le jeu des acteurs. C’est un peu plus charnel aussi, plus profond dans les regards… C’est beaucoup facile à regarder avec un œil moderne, grâce à une peu plus de dynamisme. De plus, on s’attarde un peu plus sur l’arc Mr Rochester que dans la version de 1983 et avouons le, c’est tout ce qu’on le recherche dans ces adaptations.

Pour résumer, le format série est le meilleur à mon sens pour adapter Jane Eyre. Son histoire se déroulant en plusieurs actes, les films font souvent le choix de passer sous silence certains morceaux pour se concentrer sur la meilleure partie : les instants entre Mr Rochester et Jane. Or avec le format plus long de la série, chaque pan de la vie de Jane est développé, nous permettant de comprendre au mieux le personnage. De plus, je n’ai trouvé qu’en série l’adaptation des derniers chapitres qui sont pour moi aussi important que la fin proposé par les films(**voir spoiler en bas de l’article). Si vous voulez découvrir l’histoire de Jane Eyre, je conseillerais la version de 2006, plus digeste et plus agréable à suivre. Par contre si vous connaissez déjà l’histoire et que vous voulez découvrir une autre adaptation de ce roman, je recommande fortement celle de 1983 (notamment tous les passages entre Jane et Mr Rochester). Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter un bon visionnage.

BONUS: Je ne sais combien de temps ces information resteront valables, mais il est possible de visionner gratuitement des adaptations en VO depuis la plateforme Youtube. Voici quelques liens pour y accéder:

La version avec Orson Wells en 1944

La version de 1970

La version avec Timothy Dalton de 1983 (ma préférée)

La version de 1997 (et l’un des rares films qui développe un peu les derniers chapitres)

!SPOILER!

* Les blessures de Mr Rochester ne sont jamais aussi visibles que dans cette version. C’est l’une des seules (selon mes souvenirs) où l’on voit qu’il a perdu sa main lors de l’incendie.

** La plupart des films s’arrête aux retrouvailles entre Mr Rochester et Jane. Elle est vivante, il retrouve son amour, bisou et générique de fin. Or dans le livre, Jane bataille et joue de la jalousie de Mr Rochester pour lui redonner goût à la vie et à l’amour (et aux punchlines bien senties). C’est après les retrouvailles qu’il la demande en mariage. Ces moments où Jane le titille pour lui redonner confiance en lui et en son amour sont touchants. Et je trouve dommage qu’ils soient souvent passés sous silence.