La faucheuse aime l’originalité : les enfants de Jeanne d’Albret

L’Histoire de France est truffée de grands personnages avec des destins incroyables. Et puis il y a les autres…

Antoine de Bourbon et Jeanne d’Albret, estampe de REVERDY Georges et ROVILLE Guillaume, 3e quart du XVIe siècle, Musée national du château de Pau
Henri IV, dessin de François Quesnel, 1602, Bibliothèque nationale de France

Jeanne d’Albret et Antoine de Bourbon sont les heureux parents d’un des rois les plus célèbres de l’Histoire de France : Henri IV. Sa légende et sa postérité ont éclipsé les autres enfants du couple. Leur union a pourtant donné naissance chronologiquement à Henri, puis Henri (grande originalité des prénoms), Louis-Charles, Madeleine et enfin Catherine.

Henri (n°2) est devenu roi de France et Catherine finit par se marier avec Henri de Lorraine après avoir gouverné les terres familiales. Malheureusement pour Jeanne et Antoine, Madeleine n’a pas survécu à la naissance. De même, Henri et Louis-Charles n’ont pas dépassé leurs 3ans. On pourrait penser que se sont des maladies qui ont emporté les pauvres enfants, dans une période où la mortalité infantile était importante. Et pourtant c’est la bêtise humaine qui précipita les garçonnets auprès de la Faucheuse.

En 1553, Jeanne d’Albret, enceinte, a quitté son fils adoré, Henri duc de Beaumont, pour suivre son époux au plus près des conflits contre Charles Quint. Elle a confié son premier né, qu’elle surnomme « le petit mignon », à son ancienne gouvernante: Aymée de la Fayette. La vieille femme est efficace mais a une obsession : le Froid. Ce dernier est très présent et est responsable de problème de santé chez les enfants comme chez les adultes. Aymée de la Fayette le redoute plus que tout, d’autant plus qu’elle a la responsabilité de la vie de l’héritier au trône de Navarre. Pour éviter que le froid ne touche le bébé, elle l’emmaillote fermement dans des linges et le laisse s’endormir dans une pièce surchauffée, sous prétexte « qu’il vaut mieux suer que trembler de froid ». Le 20 aout 1553, Henri, âgé de moins de 2ans, meurt asphyxié, pour le grand malheur de sa mère.

Louis-Charles de Bourbon, comte de Marle, Dessin de François Clouet, 3e quart du XVIe siècle, Musée Condé, Chantilly

Quelques mois après cette perte tragique, Jeanne met au monde, son deuxième enfant, encore un fils, fort et robuste: le futur Henri IV. Jeanne tombe de nouveau enceinte et donne une fois encore naissance à un garçon, bien portant : Louis Charles, Comte de Marle. Mais là encore le destin ou la Faucheuse ne l’entendait pas de cet avis. En novembre 1557, l’enfant a deux ans et demi. Il est gardé par une nourrice, comme le furent ses frères avant lui. Et en un jour de novembre, sa nourrice s’amuse avec un gentilhomme de la cour. Ils se lancent ou se passent l’enfant à travers une fenêtre ouverte. L’ambiance est bonne, tout le monde rit quand soudain l’un d’entre eux lâcha l’enfant, Louis-Charles est projeté sur le sol où il se froisse une côte. De peur de la réaction de Jeanne d’Albret si elle apprenait l’incident, la nourrice le garde secret n’apportant pas de soin à l’enfant. Et celui-ci décède de ses blessures internes quelques jours plus tard.

Jeanne d’Albret a donc perdu deux enfants suite à une certaine absurdité humaine. Est-ce un signe du destin pour favoriser la montée sur le trône d’Henri (n°2) sans déclarer de guerre de successions? Ou peut être que la grande faucheuse se laisse un quota de morts un peu absurde pour nous faire rire des siècles plus tard?

Jeanne d’Albret Reine de Navarre, Attribué à François Cloué, vers 1570, Musée Condé, Musée de Chantilly

Sources

Henri IV, Jean Pierre Babelon, Fayard, Poitier, 1982

Jeanne d’Albret la mère passionnée d’Henri IV, Françoise Kermina, Perrin, 1998

Notice de la base Joconde de l’estampe de Jeanne d’Albret et Antoine de Bourbon : ici

Notice de la base Joconde du tableau de Jeanne d’Albret:ici

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